Votre médecin vous montre une IRM cérébrale parsemée de petites taches blanches et prononce le mot « hypersignal ». Ce terme désigne simplement une zone qui apparaît plus lumineuse que le tissu normal sur certaines séquences IRM. Toutes ces taches blanches ne signifient pas sclérose en plaques, mais certaines configurations doivent déclencher un bilan neurologique rapide. Comprendre ce que l’IRM révèle, et ce qu’elle ne dit pas, aide à mieux suivre le parcours diagnostique.
Hypersignal IRM : ce que cette tache blanche signifie vraiment
Sur une séquence IRM dite « FLAIR » ou « T2 », l’eau et l’inflammation apparaissent en blanc brillant. Un hypersignal traduit donc une zone où le tissu cérébral contient plus d’eau que la normale, souvent à cause d’une inflammation ou d’une démyélinisation (la perte de la gaine protectrice des fibres nerveuses).
Le problème, c’est que de nombreuses situations provoquent des hypersignaux : migraines chroniques, hypertension artérielle, vieillissement normal du cerveau. Un hypersignal isolé ne suffit jamais à diagnostiquer une SEP. C’est la combinaison de la forme, de la localisation et du nombre de lésions qui oriente le neurologue.
Dans la SEP, les lésions ont un aspect caractéristique : ovoïdes, perpendiculaires aux ventricules cérébraux (ces cavités remplies de liquide au centre du cerveau), et souvent disposées dans des régions précises. C’est cette signature spatiale que le radiologue recherche.

Localisation des lésions SEP à l’IRM : les cinq régions clés
Depuis la révision 2024 des critères de McDonald, les spécialistes reconnaissent cinq régions anatomiques caractéristiques de la SEP pour établir ce qu’on appelle la dissémination spatiale. Autrement dit, pour s’orienter vers un diagnostic, les lésions doivent toucher au moins deux de ces zones distinctes.
- La région périventriculaire : autour des ventricules cérébraux, localisation la plus fréquente et la plus évocatrice de SEP
- La région juxtacorticale ou corticale : juste sous la surface du cerveau, là où la substance grise rejoint la substance blanche
- La région infratentorielle : le tronc cérébral et le cervelet, situés sous la « tente » du cerveau
- La moelle épinière : des lésions médullaires qui peuvent provoquer des troubles sensitifs ou moteurs dans les membres
- Le nerf optique : reconnu officiellement comme cinquième localisation depuis les critères révisés de 2024, ce qui constitue un changement majeur par rapport aux versions précédentes
Avant cette révision, le nerf optique n’était pas pris en compte dans le score de dissémination spatiale. Un patient présentant une névrite optique associée à des lésions périventriculaires remplit désormais ce critère, ce qui peut accélérer le diagnostic.
Dissémination temporelle à l’IRM : prouver que la maladie évolue
La SEP se définit par des épisodes inflammatoires répétés dans le temps. Pour le prouver, l’IRM utilise un produit de contraste (le gadolinium) injecté dans une veine pendant l’examen. Une lésion qui capte ce produit est considérée comme « active », c’est-à-dire récente.
La coexistence de lésions actives et de lésions anciennes sur une même IRM suffit à démontrer la dissémination temporelle. Le neurologue n’a alors pas besoin d’attendre une deuxième IRM à distance pour confirmer que la maladie progresse.
Ce point est souvent mal compris. Beaucoup de patients pensent qu’il faut deux examens séparés de plusieurs mois. Ce n’est plus systématiquement le cas : une seule IRM bien interprétée peut fournir les deux critères (spatial et temporel) simultanément.
Quand la ponction lombaire complète l’IRM
Si l’IRM ne montre pas clairement la dissémination temporelle, la ponction lombaire peut prendre le relais. La présence de bandes oligoclonales dans le liquide céphalo-rachidien (des anticorps fabriqués localement dans le système nerveux central) confirme l’inflammation chronique. Ce résultat peut remplacer le critère temporel manquant à l’IRM.

Syndrome radiologique isolé : des hypersignaux sans aucun symptôme
Vous avez déjà entendu parler de patients chez qui l’on découvre par hasard des lésions typiques de SEP, lors d’une IRM réalisée pour une tout autre raison (maux de tête, traumatisme, bilan d’acouphènes) ? Ce tableau porte un nom : le syndrome radiologique isolé (SRI).
La personne ne présente aucun symptôme neurologique, mais son IRM montre des hypersignaux qui remplissent les critères de localisation de la SEP. Les données internationales montrent qu’une proportion significative de ces patients développe des symptômes cliniques de SEP dans les années qui suivent la découverte.
La révision 2024 des critères de McDonald intègre désormais le SRI dans le spectre diagnostique de la SEP. Concrètement, un patient avec un SRI peut recevoir un diagnostic de SEP si ses lésions remplissent les critères de dissémination spatiale et temporelle, même en l’absence totale de poussée clinique. Cette évolution ouvre la porte à un traitement précoce, avant l’apparition de handicaps.
Symptômes cliniques à surveiller en parallèle de l’IRM
L’IRM ne fonctionne pas seule. Les signes cliniques orientent le neurologue et l’aident à interpréter les images. Certaines combinaisons de symptômes, associées à des hypersignaux bien localisés, accélèrent la démarche diagnostique.
- Troubles visuels : baisse d’acuité rapide sur un œil, douleur lors des mouvements oculaires (névrite optique)
- Troubles sensitifs : fourmillements, engourdissements, sensation de décharge électrique le long du dos à la flexion du cou (signe de Lhermitte)
- Troubles moteurs : faiblesse d’un membre, difficulté à marcher, spasticité
- Fatigue intense et disproportionnée par rapport à l’effort fourni
- Troubles urinaires : urgences mictionnelles, incontinence, rétention
Un épisode neurologique isolé (appelé syndrome clinique isolé) qui dure plus de 24 heures et s’accompagne d’hypersignaux IRM typiques constitue souvent le point de départ du bilan. Plus le diagnostic est posé tôt, plus les traitements de fond limitent la progression du handicap.
Ce que le score EDSS mesure après le diagnostic
Une fois la SEP confirmée, le neurologue évalue le handicap avec l’échelle EDSS (Expanded Disability Status Scale). Ce score, allant de 0 (examen normal) à 10 (décès lié à la SEP), prend en compte la marche, la vision, la coordination, la sensibilité et les fonctions vésicales. Il sert à suivre l’évolution de la maladie et à adapter le traitement modificateur.
Les hypersignaux IRM restent le principal outil de suivi au fil des années. Une IRM de contrôle régulière permet de détecter de nouvelles lésions silencieuses, celles qui apparaissent sans provoquer de poussée perceptible, et d’ajuster le traitement avant que le handicap ne progresse. La surveillance IRM régulière est aussi déterminante que le traitement lui-même pour maintenir la qualité de vie sur le long terme.

